Avez-vous lu Polyani ?

Voici quelques extraits du livre de Jérôme Maucou­rant, Avez-vous lu Polyani ?

Préface d’Alain Caillé

« Tout le néoma­na­ge­ment et le new public management, et en France la Révi­sion géné­rale des poli­tiques publiques (RGPP) reposent sur la féti­chi­sa­tion de cette évalua­tion quan­ti­ta­tive systé­ma­tique, à base de repor­tings et de bench­mar­kings. Peu importe, en défi­ni­tive, que les indi­ca­teurs d’ef­fi­ca­cité rete­nus soient, le plus souvent, tous plus arbi­traires les uns que les autres.  L’es­sen­tiel, pour satis­faire le dogme, est qu’il y ait une évalua­tion quan­ti­fiée, qui rappelle l’objec­ti­va­tion des prix de marché et qui permette de penser univer­sel­le­ment les acteurs sociaux comme de simples produc­teurs de biens et de services, marchands ou quasi-marchands. » (p. 10)

 » […] si, en un sens,  Marx, aspi­rant à un au-delà du règne de l’éco­no­mie et de la néces­sité, appa­raît comme l’au­teur le plus radi­ca­le­ment anti-écono­mi­ciste qui soit, il est aussi le plus systé­ma­tique­ment écono­mi­ciste quand il affirme, propo­si­tion de base du maté­ria­lisme histo­rique, que seuls les inté­rêts écono­miques mènent le monde. » (p. 12)

Une des thèses centrales de Karl Polyani : « Dans [la société libé­rale , deve­nue société de marché car encas­trée (embed­ded) dans l’éco­no­mie de marché], trois biens qui ne sont pas et ne peuvent pas être des marchan­dises, puisqu’ils n’ont pas été produits en vue d’être vendus, sont trai­tés comme s’ils étaient des marchan­dises. Ces trois biens, la force de travail (les êtres humains, en un mot), la monnaie et la Terre (la Nature) deviennent ainsi des ‘quasi-marchan­di­ses’, des marchan­dises fictives. » (p. 14)

Intro­duc­tion

Page 20, citant les Cahiers du MATISSE, UMR 8595 : « A l’in­verse des libé­raux, les néoli­bé­raux vident de sens toute réfé­rence à ‘l’in­té­rêt géné­ral’ et estiment que le ‘seul déter­mi­nant des compor­te­ments indi­vi­duels est le calcul ration­nel, qui n’est en aucun cas guidé par des règles mora­les’. »

« Une parti­cu­la­rité de l’ap­proche de Polyani découle du concept d’embed­ded­ness, c’est-à-dire de l’idée selon laquelle l’éco­no­mie est ‘enchas­sée’ ou ‘encas­trée’ dans la société : ‘Aris­tote avait raison : l’homme n’est pas un être écono­mique mais un être social. Il ne cherche pas à sauve­gar­der ses inté­rêts indi­vi­duels dans l’ac­qui­si­tion de biens maté­riels, mais plutôt à garan­tir sa posi­tion sociale, ses droits sociaux, ses avan­tages sociaux. Il n’ac­corde de valeur aux biens maté­riels que pour autant qu’ils servent cette fin […] les rela­tions sociales de l’homme englobent en géné­ral son écono­mie‘. » (p. 24)

Conclu­sion

Polyani in Our obso­lete market menta­lity : « Parmi ceux qui, aux États-Unis, sont conscients de l’am­pleur du problème, deux tendances sont iden­ti­fiables. Certains font confiance aux élites et aux aris­to­cra­ties, au mana­gé­ria­lisme et aux grandes firmes. Ils sont convain­cus que toute la société devrait s’adap­ter de façon plus étroite au système écono­mique en place, qu’ils dési­rent main­te­nir en l’état. C’est l’idéal du meilleur des mondes, dans lequel l’in­di­vidu est condi­tionné pour soute­nir un ordre établi pour lui par ceux qui sont plus sages que lui-même. D’autres, en revanche croient que, dans le cadre d’une société réel­le­ment démo­cra­tique, on pour­rait résoudre le problème de l’in­dus­trie par une inter­ven­tion plani­fiée des produc­teurs et des consom­ma­teurs eux-mêmes. » (cité p. 213)

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